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DANEMARK

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By on Juin 18, 2014 in Interviews | 0 comments

LE DANEMARK ET L’EUROPE

VUS PAR:

ULF HEDETOFT

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Interview Ulf Hedetoft Off

Victor et Louis aux côtés de l’historien danois Ulf Hedetoft 

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Ulf Hedetoft est un historien et un chercheur en Sciences Politiques danois, il dirige le « Centre for Modern European Studies » de l’Université de Copenhague. C’est aussi le directeur et le fondateur du Centre de Recherche sur les Migrations au Danemark.

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Interview publiée en partenariat avec 

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I. Selon vous, quels sont les événements considérés comme les plus marquants de l’histoire de votre pays ?

 

Je pense qu’il faut commencer au milieu du XIXème siècle, même s’il y a eu de nombreux événements décisifs avant cela, on considère habituellement que l’histoire nationale prend une nouvelle dimension en 1864. C’est l’année de la Guerre des Duchés, qui opposa le Danemark à la Prusse. A la fin du conflit, le Danemark avait perdu plus de la moitié de son territoire. Il faut savoir que près de cinquante ans avant cet événement,  le pays avait déjà perdu la Norvège, qui était passée sous le contrôle de la Suède. La Guerre des Duchés est décisive, car elle a montré la fragilité danoise de l’époque, notamment en face des pays les plus impérialistes d’Europe. Mais, même si le Danemark fut décimé et considérablement réduit, cela a surtout entrainé une réévaluation des bases, des fondements qui pouvaient permettre à un petit pays comme le notre de survivre. Le Danemark, qui était un pays majoritairement agricole, a évolué pour devenir un pays industrialisé et moderne. Cette évolution, cette réévaluation, a concerné la culture danoise, mais aussi la politique, la diplomatie et l’économie nationale. D’un point de vue culturel, c’est le moment où l’idée d’un « petit Danemark », au sein de l’Europe par exemple, s’est imposée. Cette idée est avant tout celle de la survie culturelle d’un petit pays, entouré de grandes nations rivales qu’étaient la France, la Grande-Bretagne, l’Allemagne naissante ou encore la Russie.

Cependant, après la défaite de l’Allemagne lors de la Première Guerre mondiale, le Danemark a réussi à obtenir deux référendums dans les duchés qui avaient été annexés en 1864. Ces référendums, en 1920, ont permis au pays de récupérer une partie de ses anciens territoires. C’est un événement important, qui a permis au Danemark de reprendre une certaine importance territoriale.

 

II. Selon vous, quels sont les personnages considérés comme les plus importants de l’histoire de votre pays ?

 

En considérant ma première réponse, je pense que le premier nom important est celui d’un prêtre du XIXème siècle, Nikolai Severin Grundtvig. Il est à l’origine d’un mouvement égalitaire important au Danemark. Il est considéré comme le père de l’éducation continue, c’est-à-dire de l’éducation tout au long de sa vie. Il pensait que l’éducation était pour tous, et non uniquement pour les élites, que nous étions tous égaux, et que personne ne devait se considérer comme plus important ou plus puissant.

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Grundtvig

Nikolai Severin Grundtvig

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Il faut aussi citer le roi du Danemark pendant la Seconde Guerre mondiale, Christian X, qui est aussi un symbole de la pacification et de la survie danoise durant ce conflit. C’est une figure très importante pour la population danoise pendant et après la Seconde Guerre mondiale, même s’il est mort dès 1947.

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Christian X

Christian X du Danemark

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Le premier ministre Jens Otto Krag représente l’idée de l’Etat-providence qui joue un grand rôle dans l’histoire danoise et l’intégration du pays au sein de l’Union Européenne. Il a occupé cette fonction de 1962 à 1968, puis entre 1971 et 1972. C’est une figure controversée, qui avait parfaitement saisie l’importance de respecter, de manière pragmatique, les règles économiques européennes.

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Jens Otto Krag

Jes Otto Krag

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III. Quels événements de l’histoire européenne ont le plus affecté votre histoire nationale?

 

Dans mes réponses précédentes, j’ai déjà cité plusieurs évolutions européennes décisives pour le Danemark. D’abord, les guerres napoléoniennes jouent un rôle considérable. Dans un sens, c’est le début d’une longue période durant laquelle le Danemark se retrouve toujours du côté des perdants.

L’année 1864, et la Guerre des Duchés, elle aussi, est un événement majeur. Même si le Danemark fait partie des premiers concernés, il s’agit bel et bien d’un conflit d’envergure européenne. Cette période est d’ailleurs celle de la naissance des interrogations autour d’une grande Allemagne, liées au conflit avec la France de Napoléon III.

Il faut aussi évoquer la Seconde Guerre mondiale, évidemment. Paradoxalement, la guerre est importante pour le Danemark en raison de la manière dont le pays s’en est sorti. Même si le pays a été occupé pendant presque tout le conflit, il a pu se préserver en partie. Si les trois premières années furent celle d’une collaboration avec l’Allemagne nazie, les dernières de la guerre ont été marquées par une plus grande volonté de résistance.

Enfin, l’entrée au sein de l’Union Européenne en 1973 est le dernier événement qu’il me parait important d’évoquer ici. L’entrée a été validée après un référendum en 1972, il est d’ailleurs intéressant de souligner que l’entrée et la prise de position du Danemark au sein de la Communauté puis de l’Union Européenne sont liées à une série de référendums. C’est vrai pour les années 1970, 1980 mais aussi 1990. Ces référendums font échos à un consensus essentiel au Danemark : chaque étape importante de la construction continentale doit être prise en lien avec la population. C’est d’autant plus important que la loi danoise offre la possibilité au parlement, en raison de sa souveraineté, de prendre ce type de décisions sans consultation populaire. Cependant, cela se fait toujours par référendum, car c’est aussi le meilleur moyen de rendre la population concernée par la construction européenne.

On pourrait aussi, en plus de ces différents éléments, évoquer les migrations, durant la deuxième moitié du XXème siècle. Elles sont très importantes pour le Danemark. Pendant très longtemps, ces migrations n’étaient pas suffisamment importantes pour entrainer une réaction politique au Danemark. Mais à partir des années 1960, l’immigration a progressivement augmenté. Cette augmentation très lente a conduit les politiciens et le parlement à légiférer pour préserver un climat serein dans le pays. L’idée de préservation de la culture danoise et de son Etat-providence ne s’inscrit pas du tout en opposition avec l’arrivée de nouvelles populations au Danemark, mais cela a entraîné de nouvelles interrogations durant ces vingt dernières années. En effet, c’est à partir des années 1990 que les premières réactions opposées à cette immigration sont apparues au sein du débat politique.

 

IV. Comment a évolué, dans l’histoire, la représentation de l’Europe que se font les habitants de votre pays ?

 

C’est une question intéressante mais délicate. En effet, si vous revenez cinquante années en arrière, à la fin de la Seconde Guerre mondiale, il n’existait pas encore de vision commune et répandue de l’Europe pour les Danois.
L’idée de l’Europe, et notamment du sud de l’Europe, s’est développé après les années 1960, avec l’apparition et la croissance du tourisme. Les Danois voulaient découvrir le sud de l’Europe durant leurs vacances, leurs voyages. Or, il restait encore de nombreux stéréotypes négatifs à l’égard de l’Allemagne et des Allemands ; ce qui fait que ce pays n’était pas fréquenté par les touristes, originaires du Danemark.

Il faut signaler, pour bien comprendre la représentation de l’Europe chez les Danois, qu’ils ont été culturellement habitués, depuis des siècles, à concevoir le monde extérieur comme une menace potentielle. C’est un réflexe courant parmi les petits pays, d’autant plus quand ils sont entourés dans grandes puissances, comme l’Allemagne par exemple.

L’Europe, durant les années 1950 et 1960, n’était donc pas un problème décisif pour les Danois. Certes, on commençait à l’évoquer de plus en plus, mais il ne s’agissait jamais du cœur de l’actualité ou des discussions. La vision de l’Europe dépendait de l’importance des stéréotypes négatifs envers l’Allemagne, ou positifs envers la Grande-Bretagne –qui faisait partie des Alliés et était considérée comme la puissance libératrice du pays. D’un autre côté, comme vous le savez, les Anglais ont une vision spécifique de l’Europe et de leur place dans l’Europe. Tous ces éléments ont généré un certain scepticisme des Danois à l’égard de la construction européenne.

Pourtant cette représentation populaire a changé lorsque le Danemark est véritablement entré dans la communauté européenne. Les raisons qui expliquent le vote positif de la population au référendum de 1972 étaient totalement pragmatiques. Ils voulaient éviter les conséquences négatives d’un point de vue économique qui auraient pu les atteindre s’ils restaient isolés en Europe. Il n’y avait pas de vision idéologique de l’Europe, de la part des politiciens ou des habitants. Par la suite, le traité de Maastricht a posé la question du passage d’une simple communauté à une véritable union. Tout le débat autour du traité de Maastricht au Danemark était lié à cette idée, et cela explique que le référendum se soit soldé par une victoire de l’opposition. L’Europe était en train de devenir un problème important pour les Danois, mais cela allait à l’encontre de leurs intentions pragmatiques initiales. Le Danemark a donc obtenu des aménagements du traité de Maastricht, et celui fut finalement adopté. Ces exemptions par rapport au traité de Maastricht sont aujourd’hui encore très importants pour les Danois ; et pour le Danemark au sein de l’Union Européenne. C’est une des raisons pour lesquelles le Danemark a conservé sa monnaie, la couronne danoise, et n’est pas passé à l’euro. Il faut cependant savoir que le cours de la couronne danoise est lié à celui de l’euro. Il s’agit en fait avant tout d’un symbole. Certains danois disent, avec humour, de cette situation « nous sommes passés à l’euro ! Mais, simplement, nous l’appelons la couronne danoise ! ».

 

V. Aujourd’hui, selon vous, quelle est l’image et le rôle de votre pays au sein de l’Union Européenne ?

 

Le Danemark a, selon moi, en Europe une image duale : d’un côté, le pays est perçu comme très stable et fort économiquement ; mais d’un autre côté, le Danemark renvoie sans doute l’image d’un pays qui prend ce que l’Union Européenne peut lui offrir sans nécessairement donner en échange. Evidemment, en réalité, tous les pays de l’Union Européenne bénéficient de différents types d’exemptions, d’aménagements.

Le Danemark joue un rôle au sein de l’OTAN par exemple, qu’il ne joue pas au sein de l’Union Européenne en raison de ces fameuses exemptions. Finalement pour comprendre les relations du Danemark avec l’Union Européenne, on peut prendre l’exemple de la Norvège. Même si elle est hors de l’Union Européenne, la Norvège a plus ou moins adapté toutes ses lois aux directives européennes. Néanmoins, il y a là une différence de taille : certes la Norvège adapte sa législation, mais elle pourrait ne pas le faire, si une décision ne lui convenait pas. Or le Danemark, qui partie de l’Union Européenne, doit obligatoirement appliquer les directives de Bruxelles et de Strasbourg, alors qu’en raison de ses exemptions, il n’a pas véritablement de pouvoir de décision.
Actuellement, il y a une réunion autour de la question européenne de l’extrême gauche et de l’extrême droite danoise au parlement. C’est un fonctionnement typique de la vie politique danoise. On reproche au gouvernement de subir les décisions de l’Union Européenne. Même si l’idée est encore parfois avancée dans les médias, je ne pense pas que des responsables politiques envisagent encore de se retirer véritablement de l’Union Européenne.

La vraie problématique, c’est que le Danemark est, d’une part, intimement et totalement lié à l’Union Européenne que ce soit au niveau économique, politique, environnemental, ce qui fait qu’il est impensable de quitter l’Union Européenne. Mais d’autre part, le sentiment d’identité, la culture des Danois sont toujours très proches de la nation danoise. Cette dichotomie devient de plus en plus forte dans de nombreux pays et le Danemark ne fait pas exception.

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