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PAYS-BAS

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By on Juil 2, 2014 in Interviews | 0 comments

LES PAYS-BAS ET L’EUROPE

VUS PAR:

ROBIN DE BRUIN

 

Robin de Bruin

Victor et Louis avec l’historien néerlandais Robin de Bruin

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Robin de Bruin  est un historien et un professeur d’histoire néerlandais. Il fait notamment parti du département d’études européennes de l’Université d’Amsterdam. C’est un spécialiste de la question européenne au sein de l’histoire des Pays-Bas, ainsi que de la fonction publique pendant l’occupation nazie. 

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Interview publiée en partenariat avec 

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I. Selon vous, quels sont les événements considérés comme les plus marquants de l’histoire de votre pays ?

 

La création des Pays-Bas, selon le mythe  fondateur, s’est faite avec la guerre contre l’Espagne au XVIème siècle. C’est là que s’est forgée une partie de notre identité dans notre récit national, avec des rebelles combattant le pouvoir totalitaire de l’Espagne. Après la Seconde Guerre Mondiale, cette partie de l’histoire Hollandaise a été mise en avant, et on a établit un parallèle entre une insurrection nationale contre l’Espagne et celle contre le régime nazi. Ce n’est pas totalement faux mais cela a été très exagéré.

La Réforme eu un rôle considérable dans notre pays, qui se voit comme un pays protestant, un pays calviniste. C’est à nos yeux un élément fondamental de notre identité nationale. Pourtant, c’est en partie un mythe également, car les catholiques sont très présents et ont eu un rôle très important dans l’histoire. Les hommes politiques catholiques du XXème siècle ont d’ailleurs eu plus d’influence que les protestants. Mais on dit souvent que les catholiques hollandais sont aussi des calvinistes. Les Hollandais sont donc très attachés à leur identité calviniste, qui est elle même très liée au mythe fondateur né avec la guerre d’indépendance.

Les colonies ont eu également un rôle considérable dans la constitution de l’identité nationale. Ce petit pays que sont les Pays-Bas a réussi à reproduire le modèle dans une autre partie du monde. Les Hollandais ont en effet régnés sur l’Indonésie jusqu’en 1949. Les Pays-Bas se sont alors perçus comme un petit pays, mais qui faisait office de leader et de modèle, autant que les plus grandes puissance d’Europe.

 

 

II. Selon vous, quels sont les personnages considérés comme  les plus importants de l’histoire de votre pays ?

 

Personnellement, je ne suis pas partisan de l’idée que l’histoire se fait avec de grands hommes.

Il y avait eu des élections dans beaucoup de pays d’Europe afin de savoir quels étaient les grands personnages dans chaque histoire nationale. J’avais proposé pour les Pays-Bas de mettre Ahmad Soekarno, le leader du mouvement nationaliste indonésien. Il était considéré comme Hollandais, l’Indonésie étant sous la domination coloniale des Pays-Bas, et comme quelqu’un de très influent, car l’Indonésie était un très grand pays. Malheureusement ce ne fut pas accepté.

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Ahmad Soekarno
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Si l’on se fie au mythe national, il faut mentionner le leader de la guerre d’indépendance contre le royaume d’Espagne, Guillaume de Nassau, prince d’Orange, ou Guillaume le Taciturne. Il est considéré comme le père fondateur de la nation Hollandaise.

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Guillaume Ier d’Orange-Nassau

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Pour le XXème siècle, il y a eu Willem Drees, homme politique socialiste, qui fut Premier ministre des Pays-Bas de 1948 à 1958. Il est considéré comme une figure majeure dans la construction de l’Etat Providence Hollandais. Il est donc aussi répertorié comme un des pères fondateurs des Pays-Bas modernes.
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Willem Drees

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Etrangement, parmi les grands personnages choisis lors de la récente élection figure aussi Pim Fortuyn, un homme politique néerlandais qui fut assassiné à l’occasion de la campagne nationale néerlandaise électorale de 2002, pour ses positions radicales sur l’immigration et l’Islam aux Pays Bas, qu’il rejeta en bloc.

III. Quels évènements de l’histoire européenne ont le plus affecté votre histoire nationale?

 

L’histoire des Pays-Bas fait partie intégrante d’une histoire plus large, celle de l’Europe de l’Ouest. Tous les évènements qui ont eu lieu en Europe de l’Ouest ont donc eu un impact direct sur l’histoire nationale.

La Réforme protestante, pour commencer, a eu une très grande influence sur notre pays. Cela a engendré une guerre civile, qui fut cette guerre d’indépendance contre les Habsbourg d’Espagne au XVIème siècle. Par conséquent, la Réforme fut à l’origine de la fondation de la première république Hollandaise en 1581. Puis l’histoire nationale a été tributaire de l’histoire européenne lorsque le pays a été sous influence française. Napoléon-Louis Bonaparte, le père de Napoléon III, a effectivement été le premier roi de Hollande. Après Waterloo, le royaume de Hollande fut fondé avec la dynastie d’Orange.

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Napoléon-Louis Bonaparte

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Bien sûr, d’autres évènements européens tels que la Révolution industrielle et les questions sociales qui en ont découlé, le processus de colonisation et de décolonisation ou encore la crise des années 1930 et la Deuxième guerre mondiale ont eu un impact énorme également sur le pays. Tous furent des évènements qui affectèrent notre image nationale, et ce fut le cas pour beaucoup de pays européens. En cela, l’histoire des pays bas n’est pas une exception comparée à celle des autres pays d’Europe de l’Ouest. En histoire, Il y a un phénomène d’« exceptionnalisme universel », où tous les pays prétendent avoir eu une destinée historique unique et propre. Je pense que c’est une erreur et que nos histoires nationales, en Europe de l’Ouest, se sont toutes calquées sur un modèle similaire.

En revanche, ce qu’il est intéressant de remarquer, c ‘est que la Première Guerre mondiale ne fait pas partie de ces évènements. En effet, les Pays Bas étaient neutres pendant cette guerre, et n’ont donc pas été affectés directement.

De plus, Il y a effectivement eu un phénomène exceptionnel aux Pays Bas, qui eu beaucoup d’influence, c’est celui de la « Pilarisation ». C’est l’idée que la société se constitue de différents groupes, comme par exemple aux Pays-Bas, les Protestants, les catholiques, les libéraux, les sociaux démocrates etc… Ils ont tous leur propre organisation, leurs propres écoles, leurs propres églises, et leurs propres universités, mais leurs organisations indépendantes se mettent tous au service de la nation. Cette idée émergea à la fin du XIXème siècle et fut très influente dans la société Hollandaise jusque dans les années 1960. Même lorsque la main d’œuvre d’Afrique du nord commença à immigré aux Pays Bas vers 1960, on proposa l’idées qu’il s’organisent selon leur modèle et qu’ensemble ils prennent part à la société.
Or pendant les 50 dernières années, l’immigration croissante de la main d’œuvre étrangère a été un phénomène européen.

 

IV. Comment a évolué, dans l’histoire, la représentation de l’Europe que se font les habitants de votre pays ?

 

Mon point de vue personnel, c’est que pendant les premières décennies de l’intégration européenne, l’Europe était vue comme une grande Hollande, un miroir à travers lequel les néerlandais projetaient leur propre image, leur propre idéologie nationale.  Pour les sociaux démocrates hollandais, le processus d’européanisation et en particulier la création de la CEE et de la CECA, avait pour but de créer une Europe sociale démocrate, avec une planification économique poussée. Mais d’un autre côté, il y avait des partis protestants aux Pays Bas qui étaient très opposés à cet étatisme. Ils étaient contre la création d’un Etat Providence, mais ils voulaient une croissance du bien être social. Ils ont donc vu dans l’Europe un moyen d’accroître le bien être général sans donner trop de pouvoir à l’Etat. En effet, ils pensaient qu’un Etat providence ouvrait la voie au totalitarisme.

Ils ont donc tous projeté leurs différents projets idéologiques sur l’Europe, ce qui a provoqué un enthousiasme général pour la construction européenne. De plus, tout le monde pensait que l’européanisation de l’économie était inévitable.

Aujourd’hui, on peut observer une tendance inverse. Les hommes politiques de gauche présentent l’Europe comme un projet néolibéral par essence. L’Europe a été, selon eux, façonnée par les néolibéraux, surtout depuis 1992. Pour les partis de droite en revanche, l’Europe est un pur produit des bureaucrates, qui depuis Bruxelles, cherchent à interférer dans la vie des citoyens. On observe donc bien un renversement de vision politique par rapport premiers temps de l’adhésion, car désormais, les partis considèrent que l’Europe a été pensée par leur ennemis politiques.

Concernant l’opinion populaire, les hollandais étaient extrêmement enthousiastes concernant le projet européen dans les années 1950. Il y eut un référendum en 1952 dans deux villes hollandaise, qui remporta 95 % d’avis favorable pour la création d’un « Super État européen », avec un gouvernement européen et un parlement européen élu par suffrage direct. Seulement, cet enthousiasme se dissipa rapidement, même après 1958 avec la création de la CEE. A partir de la fin des années 1990, l’enthousiasme disparut totalement, et les hollandais furent très irrités par le fait de ne pas être consultés pour l’introduction de l’Euro, comme pour les élargissements de 2004 et 2007. Depuis le referendum de 2005, les hollandais sont considérés comme un pays eurosceptique.

Je ne pense pas que cela soit vrai, mais qu’en réalité la plupart des Hollandais ne prêtent aucune importance à l’Europe. Ils sont autant irrités par les dirigeants européens que par leurs dirigeants nationaux. Enfin, je suis quasiment certains que la majorité d’entre eux ne veulent en aucun cas quitter l’Union européenne.

Enfin, il faut souligner un autre point important, c’est le rôle qu’a eu la Guerre Froide dans la perception qu’on a eu de l’Europe. Il y eut une peur constante et très vive, depuis la Guerre Froide, de la Russie et du communisme. Il y a aussi une différence de perception, comparée à celle des pays comme la France, qui a vu l’Europe comme une troisième force dont elle était l’un des leaders. Les Pays-Bas ont toujours été plus proche des Etats-Unis, et sont plus tentés par une coopération éclectique au sein de l’OTAN.

Concernant l’intégration à l’Union européenne, il faut distinguer les pays qui sont tournés vers l’Atlantique et ceux qui sont davantage tournés vers le continent. Dans notre cas, d’un point de vue économique, nos relations avec l’Allemagne sont très importantes. Il y a une interdépendance, avec le rôle que joue le port de Rotterdam pour eux, et la dépendance de notre économie vis à vis de nos échanges avec l’Allemagne. Mais d’un autre côté, à cause de l’invasion allemande pendant la Deuxième Guerre Mondiale, les Allemands n’étaient pas très populaires en Hollande jusqu’à il y a encore 20 ans.

 

V. Aujourd’hui, selon vous, quelle est l’image et le rôle de  votre pays au sein de l’Union Européenne ?

 

Les hommes politiques néerlandais considèrent que le rôle des Pays Bas, est de veiller à ce que le principe de subsidiarité soit toujours appliqué au sein de l’Union européenne, à ce que le pouvoir de Bruxelles soit limité et que ne lui soit laissé que ce que les gouvernements nationaux ne peuvent pas résoudre eux même.  En même temps, les sociaux démocrates veulent accentuer les politiques sociales de l’Europe, comme par exemple l’établissement d’un taux maximum de 5 % de chômage dans tous les pays de l’Union européenne.

Je pense que l’image des Pays-Bas au sein de l’Union européenne, est toujours celle d’un état modèle, qui ne veut pas être mêlées aux problèmes des autres pays tout en donnant l’exemple.

Mais il y a une différence entre l’auto-perception et la réalité effective. Je pense que les hollandais ont bien conscience de la faible influence qu’ont les Pays bas au sein de l’Union européenne. En effet, sur les 751 membres du Parlement, seulement 26 sont Hollandais.  Les Pays-Bas sont donc attachés à leur image de leader, mais restent très lucide sur le rôle très restreint  qu’ils jouent au sein de l’Union européenne.

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