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REPUBLIQUE TCHEQUE

REPUBLIQUE TCHEQUE

By on Mai 8, 2014 in Interviews | 0 comments

LA REPUBLIQUE TCHEQUE ET L’EUROPE

VUES PAR:

OLDRICH TUMA

 

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Interview Prague

Louis et Victor aux côtés de l’historien tchèque Oldřich Tůma

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Oldřich Tůma est un historien et un professeur d’histoire tchèque. Ce spécialiste de l’histoire contemporaine de la Tchécoslovaquie, et des totalitarismes européens, est directeur de l’Institut d’Histoire contemporaine de l’Université de Prague.

 

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Interview publiée en partenariat avec 

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I. Selon vous, quels sont les événements considérés comme les plus marquants de l’histoire de votre pays ?

 

Le premier évènement qui a véritablement changé le cours de l’histoire tchèque, c’est la Bataille de Pilsen. Le 19 septembre 1618, les forces des protestants du Royaume de Bohême mettent le siège devant la ville de Pilsen. Le 21 novembre 1618 la ville est prise. Ce fut la première grande bataille de la Guerre de Trente Ans, et le point de départ de la révolte de la Bohême.

Ensuite, la Première Guerre mondiale, et plus particulièrement l’année 1918, joue un rôle considérable. La chute de l’Empire austro-hongrois entraine la création de la Tchécoslovaquie qui regroupe en un même État les Tchèques et les Slovaques, ainsi qu’une importante population de langue allemande dans les Sudètes. Prague est la capitale de ce nouvel Etat. Les frontières avec l’Autriche et la Pologne sont fixées par le Traité de Saint-Germain-en-Laye en septembre 1919 et avec la Hongrie par le Traité de Trianon.

En 1938-1939, la Tchécoslovaquie est démantelée après les accords de Munich, la Bohême et la Moravie sont occupées par l’Allemagne nazie. Des nationalistes slovaques en profitent pour créer un État indépendant soutenant l’Allemagne nazie. En outre, la Pologne et surtout la Hongrie s’emparent des territoires où vivaient des minorités polonaises, hongroises et ukrainiennes.

Après la Seconde Guerre mondiale, le coup de Prague en 1948 est un évènement majeur. Il s’agit de prise de contrôle de la Tchécoslovaquie en février 1948 par le Parti communiste tchécoslovaque, avec le soutien de l’Union soviétique. Les historiens tchèques parlent en tchèque de « Février 1948 ». Pendant le communisme, l’expression Vítězný únorFévrier victorieux ») était le terme officiellement employé pour décrire les événements qui, du 17 au 25 février 1948, conduisent le président de la République tchécoslovaque, Edvard Beneš, à céder le pouvoir aux staliniens Klement Gottwald et Rudolf Slánský, après deux semaines de pressions intenses des Soviétiques.

Enfin la chute et la dislocation de l’URSS en 1990 permettent la naissance de la République Tchèque. En novembre 1989, des étudiants manifestent pour la démocratie, et le parti communiste, déjà tombé dans la plupart des pays de la région comme la Pologne ou la Hongrie, n’est pas en état de résister efficacement. La mobilisation citoyenne massive et pacifiste assure une transition politique qu’on appelle la Révolution de Velours. L’indépendance officielle a lieu en 1993.

 

II. Selon vous, quels sont les personnages considérés comme les plus importants de l’histoire de votre pays ?

 

C’est très compliqué, car on a toujours tendance à réduire cette représentation à un enchainement de rois et de dirigeants politiques. Mais si je reviens très loin chronologiquement, la première personnalité fondamentale, c’est le duc Venceslas Ier de Bohême, qui est aussi le saint patron de la République Tchèque. Il a vécu au Xème siècle. C’est une figure essentielle de la construction politique de l’Etat et de la nation tchèque.

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Statue équestre de saint Venceslas à Prague

Statue équestre de saint Venceslas à Prague

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Ensuite, il faut citer Charles IV au XIVème siècle. Il fut empereur romain germanique et roi de Bohême. Il n’était pas exactement tchèque, mais il le parlait couramment, et il a joué un grand rôle dans la construction et l’embellissement de Prague.

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Portait de Charles IV

Charles IV

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Après ces deux rois, le personnage suivant est sensiblement différent. Il s’agit de Jan Hus, un théologien, universitaire et un réformateur religieux. Il fut excommunié en 1411, condamné par l’Église pour hérésie, puis exécuté sur le bûcher en 1415. Le protestantisme voit en lui un précurseur.

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Jan Hus

Jan Hus

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Dans sa lignée intellectuelle, notamment en ce qui concerne la langue tchèque, Comenius (ou Jan Amos Komenský) fut un philosophe, grammairien et pédagogue tchèque. Ce fut un grand réformateur du système d’éducation en Tchéquie.

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Comenius

Comenius

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Au XIXème siècle, la langue tchèque est purifiée des germanismes qu’elle avait naturellement adoptés tout au long de la coexistence avec la minorité allemande. Le représentant majeur de cette réforme se nomme František Palacký. C’était un grand historien et un homme politique très influent.

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František Palacký

František Palacký

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Après František Palacký, Tomáš Masaryk fut le premier président et un des fondateurs de la Tchécoslovaquie en 1918. C’était un pédagogue, un sociologue mais également un philosophe.

Edvard Beneš, son successeur, est une personnalité plus contestée. Il fut président durant la Seconde Guerre mondiale. Il n’a pas connu le même succès que Masaryk et fut notamment victime du coup de Prague en 1948.

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Edvard Beneš

Edvard Beneš

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Enfin, le premier président postcommuniste, Václav Havel doit être mentionné. Durant la période communiste, il est une des figures de l’opposition à la République socialiste tchécoslovaque. En 1989, il est une des figures de proue de la révolution de velours, qui met un terme au régime communiste. Ce fut aussi un grand intellectuel, surnommée le « président-philosophe ».

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Václav Havel

Václav Havel

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On peut aussi citer Václav Klaus, qui est un homme d’État, et qui fut notamment président de la République de 2003 à 2013. C’est une figure décisive de la formation du système économique actuel de la République Tchèque.

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Václav Klaus

Václav Klaus

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III. Quels évènements de l’histoire européenne ont le plus affecté votre histoire nationale?

 

Le premier évènement est la christianisation du pays, qui apporté une modernisation et un développement culturel sans précèdent, notamment au VIIIème et au IXème siècle. Dans cette logique religieuse, la réforme et les conflits qu’elle a engendrés jouent un grand rôle au XVème siècle.

Au XIXème siècle, l’industrialisation est décisive. C’est un mouvement général en Europe, qui modifie les manières de vivre et met en relation les différentes parties du continent. Les Tchèques ont, comme la plupart des Européens, été très influencés par cette industrialisation.

Par la suite, la Guerre Froide a véritablement placé la Tchécoslovaquie au cœur d’un conflit européen et mondial. La chute de l’URSS constitue un élément très important, pour l’Europe, mais aussi pour le pays.

 

IV. Comment a évolué, dans l’histoire, la représentation de l’Europe que se font les habitants de votre pays ?

 

Il faut faire attention, car l’idée d’Europe est finalement une idée très récente. Le fait de la replacer dans le passé est risqué, car cela peut constituer un anachronisme. A l’époque, les gens ne devaient pas se poser la question de savoir s’ils vivaient en Europe ou non. Il faut attendre le XIXème siècle pour que la question de l’Europe émerge véritablement, avec les différentes manières de la concevoir. Le concept allemand de « Mitteleuropa » est primordial à cet égard.

Le territoire de l’actuelle République Tchèque se situe à la marge de l’Europe, puisque pendant longtemps, celle-ci correspondait surtout aux pays de l’ouest, comme la France ou l’Allemagne. Culturellement nous avons longtemps été dépendants de l’Allemagne. La culture allemande a joué un rôle d’intermédiaire entre les Tchèques et l’Europe de l’ouest. Le XIXème siècle, avec le de développement de la langue tchèque, correspond à la véritable formation de la société tchèque en tant que telle.

L’idée de faire partie de l’ouest, culturellement, économiquement, politiquement a toujours été primordiale, mais pour les Tchèques cette idée s’est presque résumée aux relations avec les Allemands. Il est intéressant d’observer qu’au cours de l’histoire, même si la plupart de nos voisins à l’ouest, au nord et au sud étaient germanophones, les Tchèques ont toujours préservé leur spécificité. Il y avait une véritable admiration pour les pays de l’ouest, pour la culture française par exemple ; mais d’un autre côté, la Russie jouait aussi un grand rôle à l’époque.

Durant l’Entre-deux-guerres, la Tchécoslovaquie se considérait vraiment comme une partie de l’Europe. Que ce soit en termes de civilisation, de culture, d’économie, de politique, les Tchécoslovaques étaient des européens à part entière.

La Seconde Guerre mondiale et ses conséquences ont fait basculer les Tchèques à l’est. Faire partie du bloc de l’est impliquait de s’éloigner de l’Europe et de ses modes de vie. Il ne faut pas faire l’erreur de considérer l’Europe de l’est durant la période communiste comme un espace homogène. Les différents pays qui dépendaient de l’URSS ont tous vécus de manière très différente cette domination. Pour les Tchèques, cette expulsion, si on peut parler ainsi, de l’Europe fut une expérience très douloureuse.

L’Europe en tant que phénomène politique et économique a joué un grand rôle, et a beaucoup influencé la République Tchèque naissante la fin du XXème siècle. De la même manière qu’elle a influencé les autres anciennes républiques communistes.

 

V. Aujourd’hui, selon vous, quelle est l’image et le rôle de votre pays au sein de l’Union Européenne ?

 

C’est un problème complexe : dans le débat politique actuel, l’Europe est critiquée en République Tchèque. Le rôle de Bruxelles, de sa bureaucratie, l’entrée dans l’euro sont des questions qui sont vivement discutées.

Il y a véritablement deux camps très distincts : les eurosceptiques et les pro-européens qui les accusent d’isoler le pays au sein de l’Union Européenne. Mais, en réalité, il s’agit d’un jeu politique qui ne concerne que la République Tchèque. La question de l’Europe permet aux politiciens de se positionner, mais ce n’est pas du tout un débat de fond.

L’idée de l’Union Européenne n’est pas évoquée pour elle-même, mais pour régler des problèmes domestiques. C’est la même chose que pour le passé communiste, il n’y a pas de véritable réflexion mais cela sert de prétexte pour des débats internes.

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