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ROYAUME-UNI

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By on Juil 25, 2014 in Interviews | 0 comments

LE ROYAUME-UNI ET L’EUROPE

VUES PAR:

TIMOTHY GARTON ASH

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Timothy Garton Ash

Victor et Louis avec l’historien anglais Timothy Garton Ash

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Timothy Garton Ash est un historien anglais, spécialiste de l’histoire contemporaine de l’Europe centrale et de l’Europe de l’Est. C’est aussi un journaliste et un essayiste reconnu.  Il est actuellement professeur en études européennes à l’université d’Oxford.

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Interview publiée en partenariat avec 

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I. Selon vous, quels sont les événements considérés comme les plus marquants de l’histoire de votre pays ?

 

Il y en a beaucoup. Le premier évènement crucial est, à mes yeux, lorsque les îles britanniques ont été géographiquement détachées du continent européen. L’Angleterre était unie en un seul royaume avec un seul gouvernement national. En cela le pays était en avance sur les autres pays européens. Nous avons donc eu en Angleterre cette formidable continuité, pour former un seul État, une seule monarchie. Ce ne fut pas encore la naissance d’une Nation, car il y eut plus tard la conquête normande, des mélanges de populations. Cette unité de l’Etat n’eut qu’une seule interruption avec la Première Révolution anglaise, qui fut une guerre civile, en 1641.

Puis avec la conquête normande en 1066, et pour les siècles qui ont suivi, l’Angleterre est devenue un pays européen. Jusqu’à la perte de Calais au XVIème siècle, l’Angleterre n’était pas séparable de l’Europe continentale. Nous avons donc une vraie continuité pendant cette très longue période.

Aujourd’hui, on fait souvent référence à « l’événement » qu’a été l’empire britannique d’outre-mer, et la naissance du monde anglophone : Etats-Unis, Canada, Nouvelle Zélande, Australie, Afrique du Sud… Cela a effectivement montré la vraie dualité qui existait entre l’île et l’Empire ; mais cette période n’a duré que 400 ans, si on peut dire cela. Certains sont partisans de l’idée que l’empire a d’abord été une colonisation interne, au sein des îles britanniques, avec la conquête de l’Ecosse et du Pays de Galles. Ceux là même verraient le référendum pour l’indépendance de l’Ecosse quasiment comme une continuation de la décolonisation.

Il est capital de se rappeler que Winston Churchill, qui symbolisait la puissance de cet empire libéral, parlait très bien le français, avait de profondes affinités avec la France, et y avait passé beaucoup de temps. Lorsque l’on observe ses discours des années 1930, lorsqu’il mentionnait « l’Ouest », il faisait d’abord référence à la France et à la Grande-Bretagne. Ce n’est qu’après l’Occupation de la France, qu’il opéra un glissement dans sa définition, et parlait de l’ « Ouest » pour désigner le monde anglophone.

La Seconde Guerre mondiale a été un événement capital. J’ai entendu une femme interviewée à la radio hier, qui racontait son expérience en tant qu’enfant pendant la guerre. Elle se souvenait que c’était très amusant à l’époque, car très excitant. Il y a bien là une double expérience unique de la Seconde Guerre Mondiale, qui est à la fois l’histoire d’un courage national œuvrant pour le Bien, et en même temps celle d’une grande victoire, sans jamais avoir le dilemme de la collaboration et de l’Occupation. Il n’y a aucun autre pays en Europe où l’on peut se remémorer ses souvenirs d’enfance pendant la Seconde Guerre Mondiale et dire que c’était « amusant ».

Or la génération qui a intégré le Royaume-Uni à l’Union Européenne est la même que celle qui s’était battu pendant la Seconde Guerre Mondiale, Winston Churchill le premier, et beaucoup de conservateurs de pro-européens avec lui. En revanche, la génération qui a tenté de s’écarter de l’Union européenne est celle qui n’avait pas fait la guerre, et qui n’avait fait que l’expérience du mythe de la Seconde Guerre Mondiale.

J’en viens donc au dernier événement significatif dans ce contexte est à mes yeux le Thatchérisme. En effet, à travers la politique comme les médias, le discours thatchérien fait de l’Union européenne un projet français qui vise à construire une Europe fédérale socialiste. Encore aujourd’hui cette vision est très répandue dans la sphère politique et médiatique.

L’interprétation de ces événements par les médias et les livres d’Histoire a donc été tout aussi cruciale que les événement eux même pour la construction identitaire.

 

II. Selon vous, quels sont les personnages considérés comme  les plus importants de l’histoire de votre pays ?

 

Il y a d’abord une difficulté, c’est que « notre pays » est composé de quatre nations différentes. Lorsque vous allez aux Maisons du Parlement, vous pouvez voir accrochés les Saint patrons de l’Angleterre, de l’Ecosse, du Pays de Galles et de l’Irlande. Toutes ces nations ont des héros différents. Pour simplifier, je vais donc d’abord répondre à cette question en prenant le point de vue de la Grande-Bretagne, puis de l’Angleterre.

En premier lieu, il y a deux figures semi mythiques dans l’histoire de l’Angleterre qui ont été capitales pour notre construction identitaire : le Roi Alfred, ou Alfred le Grand, qui a existé, mais qui a été réinterprété après un millier d’années d’histoire ; et le Roi Arthur, qui a probablement existé, mais qui a lui aussi été réinventé dans les mythes et légendes. C’est fascinant d’observer à quel point ces deux figures reviennent constamment dans le processus de recherche identitaire.

La reine Elisabeth Iere d’Angleterre est une figure très importante également. Sous son règne fut établit l’autorité de l’Eglise Protestante anglaise et un grand épanouissement culturel vu le jour.

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Elisabeth Ière d’Angleterre

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Les deux rois Charles Ier, et Charles II, son fils, ont également été des figures emblématiques, ainsi qu’ Oliver Cromwell, cet homme politique qui était le Lord protecteur du Commonwealth républicain en Angleterre. Les anglais oublient trop souvent qu’ils ont eu une Révolution.

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Oliver Cromwell

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Vient ensuite toute une galerie de grands premiers ministres au XVIIIème et au XIXème siècle, qui ont eu un rôle considérable. Il y a parmi eux des références phares dans le débat contemporain tels que le grand libéral William Ewart Gladstone, ou Benjamin Disraeli le grand impérialiste conservateur.

Puis il y a Winston Churchill. Ce seul personnage a réussi à modifier l’image que l’Angleterre avait d’elle même. C’est quelque chose d’absolument extraordinaire dans l’histoire d’une Nation. Un personnage comme De Gaulle, bien sûr, a également changé la perception que les français se faisaient d’eux même mais pas de manière aussi radicale. Winston Churchill a réussi cet exploit grâce à ce qu’il a fait aussi bien pendant la Seconde Guerre Mondiale que pendant la Guerre Froide, où il a forgé cette relation exceptionnelle avec les Etats Unis.

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Winston Churchill

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Je mentionnerai enfin Margaret Thatcher, seule femme à avoir occupé le poste de Premier ministre au Royaume-Uni de 1979 à 1990. Elle a profondément marqué le pays avec sa vague de réformes radicales.

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Margaret Thatcher

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Voilà, selon moi, les personnages politiques les plus importants de l’histoire anglaise. Je dois néanmoins souligner les écrivains ont également joué un rôle décisif. William Shakespeare, Charles Dickens, John Stuart Mill, John Milton, entre autres, sont des références majeures de notre histoire qui ont eu un rôle fondamental pour notre construction identitaire, plus encore que les musiciens ou tous les autres artistes.

 

III. Quels évènements de l’histoire européenne ont le plus affecté votre histoire nationale?

 

Il y a d’abord une remarque générale à faire. Presque tout ce qui s’est passé d’important en Europe a atteint le Royaume-Uni sous la Rome Antique. Le Christianisme, le grec ancien traditionnel et bien d’autres choses ont été importés pendant cette période. La Grande-Bretagne faisait partie de l’Empire Romain en Europe. C’est première une chose importante à rappeler lorsque l’on parle d’identité européenne dans notre pays. L’expérience romaine a duré longtemps et ses effets a posteriori ont perdurés plus longtemps encore.

La Christianisation comme tous les autres pays européens a donc été un événement décisif pour nous. La date de 1066, qui fut celle de la conquête normande de l’Angleterre, a également été cruciale.  

La Grande-Bretagne a ensuite été au cœur de tous les grands phénomènes et évènements européens. L’événement qui a peut-être été le plus fondamental reste la Réforme, seulement nous en avons eu une expérience très particulière. En effet, la Réforme n’a pas tant modifié la chrétienté, qui resta a peu près la même, mais son importance est dû au fait qu’elle a permis d’établir une Eglise Nationale. Il y a notamment eu la création du « Statut de retenue d’appel » adopté en 1533, sous Henri VIII, qui fut le fondement juridique essentiel de la Réforme anglaise. Selon cette loi, il est interdit de faire appel à la Pape de Rome pour les questions religieuses ou autres, car le roi a l’autorité juridique suprême en Angleterre, au Pays de Galles et dans d’autres possessions anglaises. Dans cette loi, il y a une phrase célèbre : « Ce royaume d’Angleterre est un empire ».  Cela voulait dire que l’Empire avait sur lui une souveraineté politique et religieuse totale. La version très particulière de cette Réforme Anglaise est donc extrêmement importante.

Les Lumières ont également eu un grand rôle. L’Angleterre et l’Ecosse y ont grandement contribué. Cela mène au libéralisme anglais du XIXème siècle, dont l’influence à émané de l’Angleterre et de l’Ecosse, plus qu’eux n’ont été influencé. C’est la période, du milieu du XVIIIème à la fin du XIXème siècle, où la Grande-Bretagne a le plus profondément influencé la vie culturelle et intellectuelle du continent. Il n’y a qu’à voir l’opinion très favorable qu’avait Voltaire de la Grande-Bretagne, l’incroyable popularité qu’avait l’écossais Walter Scott, traduit dans toutes les langues européennes, et l’impact qu’il a eu sur la littérature et l’opéra, ou encore l’immense influence qu’eut la pensée de John Stuart Mill.

En revanche, je pense que le sentiment d’exclusivité qu’a la Grande-Bretagne par rapport à l’Europe vient du fait qu’elle n’a pas été marquée de la même manière deux des trois grands expériences européennes du XXème siècle, que sont le Communisme et le Fascisme. On peut en effet comprendre le XXème siècle comme une bataille entre le Fascisme, le Communisme et la démocratie libérale. Chacun représentait la modernité pour beaucoup de gens. En Angleterre, il y avait un Parti Communiste et un mouvement fasciste mais tous deux étaient des partis mineurs. Ils n’ont jamais été courant d’opposition sérieux dans la politique du pays et sont restés des forces externes, là où ils ont été des forces politiques domestiques pour presque tous les autres pays européens.

Enfin, je mentionnerai également « Les Trente Glorieuses ». La raison majeure qui a fait que l’e Royaume-Uni s’est ralliée à la communauté européenne en 1973, a été la perception de son déclin économique relatif face au succès économique de la France, de l’Italie, de l’Allemagne et du Benelux. Le Trente Glorieuses ont donc été un exemple de prospérité économique en Europe, qui a remis en question les anglais car eux ne parvenaient pas à faire aussi bien.

Il y eut cependant une deuxième raison au ralliement à la communauté européenne, que les gens ont aujourd’hui tendance à oublier, c’est que le pays était très impliqué dans l’enjeu de la Guerre Froide. C’est d’ailleurs l’écrivain anglais George Orwell qui, le premier, a employé le terme « Guerre Froide ». Winston Churchill fut celui qui a convaincu les Etats Unis de revenir en Europe en 1946-1947 pour se battre car ces derniers voulaient se retirer. La grande génération de politiciens anglais qu’il y a eu en 1960 et 1970 ont été façonnés cette la Guerre Froide. L’idée qu’il fallait construire une Europe de l’Ouest puissante, pour à la fois concurrencer l’influence soviétique, et pour attirer les personnes se trouvant derrière le rideau de fer, était une idée très forte. Les anglais ont donc été très européens, et lorsque l’on regarde les débats parlementaires de l’époque sur la question de l’adhésion à la communauté européenne, on ne peut vraiment pas dire qu’ils n’étaient motivés que par l’idée de rejoindre le marché commun.

 

IV. Comment a évolué, dans l’histoire, la représentation de l’Europe que se font les habitants de votre pays ?

 

La première mention du terme « européen » se fait dans une chronique de la bataille de Poitiers, qui décrit l’événement comme une victoire des Européens sur l’infidèle, les musulmans qui voulaient conquérir le continent par l’Espagne. C’est la première évocation connue de l’Europe comme civilisation et culture.

Ensuite le terme remonte au pape Pie II. Si on parle de représentation de l’Europe, le Moyen Age est donc le point de départ obligé.  Dans sa fameuse lettre au sultan turc, où Pie II tente de le convertir au christianisme, il mentionne la Grande-Bretagne parmi d’autres pays tels que l’Allemagne, la France ou la Hongrie. Dans la perception que nous nous faisions de nous même au Moyen-Age, il est absolument évident que nous nous considérions comme faisant partie de l’Europe, avec les autres pays européens.

Cette perception a changé avec la Réforme anglaise, puis sous le règne d’Elisabeth Ière d’Angleterre. Ce changement s’est opéré à partir du moment où l’Angleterre a commencé à se considérer comme un empire, regardant vers la mer, et comme un royaume distinct, avec son propre système, et sa propre religion.

Ainsi pendant tout le XVIIIème, le XIXème et le XXème siècle, je m’en souviens moi même, nos livres d’histoire ont véhiculé cette idée. Le plus connu avaient pour titre « l’Histoire de notre île ». Tout le monde a lu ce livre. C’est l’histoire de cette île, qui était un royaume, et qui est devenu un empire outre mer. La réalité était bien plus complexe, car l’Angleterre a continué a avoir des relations très étroites avec l’Europe continentale, ne serai-ce que sur un plan intellectuel, culturel et politique. Elle s’est toujours soucié du  cours du pound en Europe, elle a toujours veillé à ce qu’aucun pays ne domine le reste du continent européen, en intervenant chaque fois diplomatiquement ou militairement pour s’y opposer. Elle a donc toujours été très concernée par l’Europe. En revanche, pour ce qui est de la représentation, il y avait le sentiment d’être autre part qu’en Europe.

Aujourd’hui la conséquence de cela est que les anglais disent « je vais en Europe ». Au cours des deux guerres mondiales, et avec les montées du fascisme et du communisme, le sentiment d’une Europe à part, différente du pays est renforcé. Cette idée est renforcée notamment par la propagande pendant les deux guerres, mais aussi par Adolf Hitler et Joseph Staline. Un personnage comme Margaret Thatcher est emblématique de cette génération d’anglais née dans les années 1930-1940, et qui a été façonnée par ce rejet d’une Europe où sévissent le Communisme, le Fascisme, l’Occupation, la guerre, et toutes ces choses que l’Angleterre a toujours rejeté.

Dans les années 1950, 1960 et 1970, cette idée se mue en quelque chose de plus positif. Notre vision de l’Allemagne, par exemple, a changé radicalement dans les années 1970. Notre image de l’Europe devient associée à la modernité, à la prospérité, mais aussi à des notions telles que l’égalité et la justice sociale. C’est donc intéressant de voir que lorsque la droite conservatrice de Margaret Thatcher devient eurosceptique, la gauche, qui avait été elle-même eurosceptique dans les années 1960, devient pro-européenne, et soutient  des personnages emblématiques comme Jacques Delors et son projet d’Europe sociale. Sur l’échiquier politique, le sentiment européen s’inverse en une décennie.

De plus, le mouvement de libération en Europe centrale et en Europe de l’Est, la chute du Mur de Berlin et l’élargissement de l’Union européenne sont vu très positivement par les anglais. Même ceux qui n’aimaient pas les institutions de Bruxelles adoraient cette Europe de la Libération. Margaret Thatcher elle même admirait cette ferveur libertaire européenne. C’est un élément capital de notre représentation de l’Europe.

Le dernier changement dans notre représentation de l’Europe s’est réalisé avec la première introduction de l’euro, puis avec la crise de l’euro. D’un côté, l’euro symbolise une Europe continentale qui se fédéralise, et qui veut aller trop loin, ou en tout plus loin que ce que souhaitait le Royaume-Uni. D’un autre côté, la crise de l’euro représente l’échec du modèle corporatiste. Ainsi, le sentiment eurosceptique contemporain en Angleterre a deux facettes : la trop grande centralisation européenne, et en même temps, une lente et trop ancienne bureaucratie corporatiste.

La Grande Bretagne, au contraire, se perçoit elle même comme très libérale, très flexible, évoluant rapidement, avec une City Londonienne performante et une volonté de conquérir sans cesse de nouveaux marchés en Chine, au Brésil ou en Afrique du Sud. Encore une fois la réalité est bien différente de la représentation. Qui détient 50% des exportations européennes en Chine ? Ce n’est pas la Grande Bretagne mais l’Allemagne. C’est l’Allemagne qui voit le plus brillamment le potentiel des marchés émergeants, et qui l’exploite depuis la zone euro.

Il faut d’ailleurs mentionner une chose importante. Même les lecteurs les plus eurosceptiques du Daily Telegraph adorent aller passer des week-end à Barcelone, Florence, ou Prague. Il y a donc une vraie vie européenne, une « Europe Easy Jet », qui est vécue par des millions de britanniques.

 

 V. Aujourd’hui, selon vous, quelle est l’image et le rôle de  votre pays au sein de l’Union Européenne ?

 

J’aimerai établir un contraste ici entre « le pays réel » et « le pays légal ». Les britanniques aiment l’Europe réelle, mais pas l’Europe légale, soit l’Europe politique, l’Europe de Bruxelles. Pour l’image de la Grande-Bretagne en Europe, le même schéma s’applique. Il y a environ 300 000 français vivant à Londres aujourd’hui, un demi-million de polonais vivant en Grande Bretagne. Il y a tellement d’Européen qui adorent venir en Grande-Bretagne. Ce n’est pas juste à cause du temps, ou de la nourriture. C’est parce que c’est un pays très attractif et finalement très européen. Londres est une ville formidable, avec un mode de vie à l’européenne. Il y a plus de cafés à Londres que dans n’importe quelle autre ville, on y trouve tous les styles de cuisines etc… Mais il y a aussi un système de santé financé par l’Etat, de très bonnes écoles. C’est en quelque sorte un exemple du modèle social européen. Tout le monde célèbre ce système de santé or le système de santé financé par l’Etat fait partie du modèle classique européen d’après-guerre. Il est totalement différent du système de santé américain ; c’est le modèle de l’Etat Providence, avec une attention particulière portée à la justice sociale.

Paradoxalement donc, les gens viennent dans ce pays profondément eurosceptique pour faire l’expérience du modèle social européen.

D’un autre côté, concernant l’avenir politique de l’Europe, la Grande Bretagne s’est marginalisée elle même d’une manière assez spectaculaire au cours des vingt-deux dernières années, soit depuis le Traité de Maastricht en 1992, mais surtout depuis les cinq dernières années. Tony Blair avait fait un discours sur l’Europe à Oxford, et il était très pro-européen. Beaucoup de gens, avant la guerre en Irak, admiraient profondément le blairisme, à la fois pour sa politique intérieure et européenne. Si on excepte la décision d’aller en Irak, qui a été le choix classique des britanniques, qui suivent Washington plus que l’Europe, il demeurait un leader très européen.

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Tony Blair

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Au cours des cinq dernières années, soit depuis le début du mandat de David Cameron, la Grande Bretagne s’est marginalisée très fortement de la politique européenne. Bien sûr, le pays reste un des trois pays membre les plus puissants, mais c’est incroyable de voir le peu de crédit politique qu’à la Grande Bretagne aujourd’hui auprès de ses partenaires européens. Il y a un rejet européen vis à vis de l’attitude de notre pays, qui s’éternise sur des problèmes mineurs et sans intérêt, pour adapter des traités et des lois particulières. Le pays est en train de construire une irritation massive contre lui même, ce qui est très dangereux.

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David Cameron

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Si les conservateurs gagnent les prochaines élections, il y a aura un referendum pour savoir si le pays doit sortir de l’Union Européenne. C’est pour moi un non sens de faire ce referendum en 2017, car cette date n’a aucune signification. Cependant, je suis prêt à accueillir ce referendum, car je pense que nous sommes dans cet état d’indécision depuis bien trop longtemps, et qu’il est temps que nous prenions une décision collective. Mais il faut que le pays ait un débat de fond sur la question.

Il est très intéressant de voir que lorsque David Cameron a promis ce referendum, les britanniques ont commencé à s’imaginer dans la situation de la Norvège ou de la Suisse. Ce sont ce qu’on appelait auparavant des « gouvernements par fax », ou aujourd’hui des « gouvernements par e-mail ». Cela signifie que toutes les lois vous sont dictées par d’autres au sein de l’Union Européenne, sur lesquelles vous n’avez pas votre mot à dire, mais pour lesquelles vous payez. En effet, la Norvège contribue beaucoup au budget de l’Union Européenne. Les résultats de sondages ont donc commencé à changer pour les britanniques. Les indécis commencent tous à préférer rester dans l’Union européenne.

Il y a donc une image positive de notre pays réel en Europe, qu’il s’agisse de notre mode de vie ou notre modèle social, et une image négative de la politique européenne du Royaume-Uni. Mais il y a très peu de pays en Europe où tout cela pourrait changer de manière aussi radicale dans les prochaines années. Beaucoup de pays ont des divergences sur le projet européen, mais aucun ne considère sérieusement à sortir de l’Union Européenne. Même des pays qui ont beaucoup souffert au sein de cette Union européenne dernièrement tels que la Grèce, l’Espagne ou le Portugal, n’ont jamais été confronté à ce débat fondamental sur l’entrée ou la sortie comme le Royaume-Uni. Personnellement, je pense que le moment venu, les britanniques considèreront qu’ils sont mieux dedans que dehors, car c’est trop risqué de partir. Seulement, même si ce scénario se produisait, je pense que l’image et le rôle du pays pourraient changé très rapidement. Si il décide de rester, malgré toutes les négociations qu’il aura pu faire avec l’Union européenne, il devra tirer le meilleur parti de son appartenance à l’Europe. A ce moment là, le pragmatisme britannique va revenir au premier plan.

En conclusion, je ne pense pas qu’il y ait un seul pays au sein de l’Union européenne, où la réponse à cette question est plus incertaine qu’au Royaume Uni.

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